Administratif : un profond malaise professionnel (partie 3)

Les résultats de l'enquête administrative menée auprès de personnels de l'académie de Bordeaux, révèle un profond malaise professionnel. La partie 3 analyse les relations professionnelles au sein des différents lieux de travail.

L’analyse des réponses à l’enquête permet de dégager une vision nuancée, mais globalement préoccupante, du climat de travail, des relations professionnelles et de l’autonomie des agents.

Un climat de travail sous tension

Le climat au travail est jugé de manière très hétérogène, oscillant entre le « très satisfaisant » et « l’insatisfaisant » selon les collègues :
  • Pression et urgence : de nombreux agents décrivent une ambiance marquée par des « pressions de toute part », des délais trop courts et une nécessité d’aller toujours plus vite.
  • Ambiance négative : certains témoignages font état d’une « ambiance négative » liée à une charge de travail énorme, même pour les agents expérimentés.
  • Management : des témoignages dénoncent un « management brutal » avec une communication pauvre, obligeant les agents à être en conflit permanent.

Des relations professionnelles à deux vitesses

Les relations humaines au sein de l’administration présentent un contraste marqué entre la proximité et les instances supérieures :

  • Relations avec les collègues : elles sont globalement perçues comme positives, avec de nombreuses réponses « très satisfaisant ». 
  • Relations avec la hiérarchie : un clivage net apparaît. Si beaucoup se sentent soutenus par leur hiérarchie directe (N+1, chef d’établissement), ils ressentent une « totale indifférence » ou un manque de reconnaissance de la part du Rectorat ou de la DSDEN.
  • Tensions avec les usagers : certains agents en établissement mentionnent des relations difficiles avec le corps enseignant.

une bonne équipe de travail mais aucune reconnaissance et appui du cabinet de direction DSDEN (parole d’un.e SAENES)

Une autonomie réelle mais parfois entravée

L’autonomie est l’un des points les mieux notés, bien que des limites organisationnelles subsistent :

  • Réalisation des tâches : Une majorité d’agents se déclare satisfaite de son autonomie dans la réalisation de son travail et la gestion de son temps.
  • Micro-management : À l’inverse, certains déplorent être des « cadres sans autonomie » en raison de supérieurs souhaitant tout contrôler.
  • Contraintes imposées : L’impossibilité d’organiser son travail est parfois citée à cause de « contre-ordres » permanents ou d’emplois du temps imposés sans concertation.

Un ressenti global de décalage et d’épuisement

Le sentiment général des agents est marqué par un fort sentiment d’injustice et de fatigue :
  • Inadéquation fiche de poste/responsabilités : Beaucoup d’agents jugent insatisfaisante l’adéquation entre les responsabilités demandées et leur fiche de poste. Ils ont le sentiment d’effectuer un travail de technicien ou de cadre avec un « salaire d’exécutant ».
  • Perte de sens : Si l’intérêt pour les missions reste parfois élevé, certains agents expriment le souhait de changer de ministère car leur travail a « perdu de son intérêt et de son sens ».
  • Santé mentale : Le ressenti final est celui d’un épuisement profond. L’enquête rapporte des cas de « burn-out » ayant nécessité une évacuation par les pompiers, laissant les agents dans un sentiment d’abandon total (« Je me sens perdue »).

Quand on est à 80% avec – 300 € sur la paye, on devrait faire 80% de son travail et non pas 100% pour une paye incomplète. (parole d’un.e ADJAENES)

En résumé

L’autonomie et les relations entre collègues constituent des points d’appui. Cependant, le climat est lourdement grevé par un sentiment de non-reconnaissance de la part de l’institution et une pression temporelle jugée insupportable à long terme.

Je souhaiterai changer de métier et surtout de ministère car je trouve que mon travail a perdu de l’intérêt et du sens. (parole d’un.e AAE)