Administratif : un profond malaise professionnel (partie 1)

Les résultats de l'enquête administrative menée auprès de personnels de l'académie de Bordeaux, révèle un profond malaise professionnel.

Merci à toutes et tous pour votre participation à notre enquête.

Vous avez été nombreuses et nombreux à vous exprimer. Voici quelques repères :

  • 50 % des répondant.es ont entre 50 et 60 ans.
  • 16 % des répondants étaient des hommes.
  • 36 % travaillent au rectorat ou à la DSDEN.

Constat général

Les différents témoignages révèlent une surcharge d’activité généralisée, accentuée par la complexité des nouveaux logiciels et un manque chronique d’effectifs.

De nombreux agents expriment un épuisement professionnel lié à l’augmentation des dossiers et à une absence de reconnaissance de la part de leur hiérarchie supérieure.

Les réponses des collègues détaillent également des problématiques logistiques, telles que la vétusté des locaux et l’inadaptation du mobilier ergonomique. Enfin, cette enquête souligne un besoin croissant d’accompagnement syndical face à la dégradation de la qualité de vie au travail.

 

Conditions de travail

D’après les témoignages recueillis, la quasi-totalité des agent.es rapporte une augmentation massive de leur charge de travail au cours des cinq dernières années.
Cette surcharge repose sur plusieurs facteurs structurels, technologiques et organisationnels majeurs :

1. La réduction des effectifs et le non-remplacement des personnels

Le facteur le plus fréquemment cité est la diminution constante du nombre de postes administratifs face à une charge qui reste identique ou progresse.
  • Non-remplacement des départs : les agents signalent le non-remplacement de collègues en mi-temps, en congé maternité ou ayant muté, ce qui oblige les personnels restants à absorber leurs tâches.
  • Suppression de postes de gestionnaires : dans certains services de paie, le nombre de gestionnaires est passé de 5 à 3 pour un volume d’enseignants constant. Certains agents voient ainsi leur « bac de gestion » passer de 600 à près de 1 000 enseignants à gérer seuls.
  • Temps partiels non compensés : l’absence de complément pour les collègues à temps partiel alourdit mécaniquement le travail des autres agents du service.

J’ai dû compenser, combler, jusqu’à l’épuisement professionnel.[…] (parole d’un.e agent.e de catégorie A)

2. L’impact chronophage des nouveaux outils numériques

L’introduction de nouveaux logiciels, censés simplifier les tâches, est paradoxalement vécue comme une source de surcharge :
  • Le logiciel OPALE : Il est décrit comme particulièrement « chronophage », complexe et inachevé, faisant perdre un temps considérable notamment pour le recouvrement des créances.
  • Multiplication des applications : La généralisation de multiples applications (souvent non finalisées) crée un « effet boule de neige ». L’accumulation de « quelques clics » sur des milliers de dossiers finit par représenter une masse de travail colossale.
  • Obsolescence et manque de formation : Les agents doivent souvent s’auto-former sur des outils vétustes ou sans mise à jour, ce qui génère des dysfonctionnements et une perte d’efficacité.

Les logiciels sont obsolètes et lourd à l’utilisation. Une initiation au langage employé est obligatoire. […]Nous devons sans cesse nous adapter à l’outil et non l’inverse qui devrait être. (parole d’un.e SAENES)

3. La complexification et la diversification des missions d’un agent administratif

Les missions administratives ne cessent de s’étendre et de se complexifier :
  • Nouvelles procédures : L’ajout de nouvelles indemnités, de contrôles financiers internes et de procédures de mise en paiement alourdit chaque dossier.
  • Polyvalence forcée : En raison du manque de personnel d’accueil, des secrétaires doivent assurer la gestion du portail, de l’interphone et des clés, provoquant des interruptions permanentes dans leur travail de fond.
  • Surcharge communicationnelle : Les agents font face à des « montagnes » de courriels quotidiens et à des demandes multiples via diverses plateformes (Iprof, Colibris), exigeant des réponses dans des délais toujours plus contraints.

4. Pressions temporelles et organisationnelles

  • Horaires excessifs : pour faire face à la charge, certains agents rapportent des semaines de 42 heures, voire allant de 50 à 70 heures lors des périodes de budget, impactant gravement leur vie de famille.
  • Urgence et injonctions contradictoires : la hiérarchie impose des délais de traitement de plus en plus courts, parfois accompagnés de contre-ordres qui empêchent toute organisation sereine du travail.
  • Manque de soutien : si le soutien de la hiérarchie directe est parfois présent, un sentiment d’indifférence est fortement ressenti de la part des autorités supérieures (Rectorat, DSDEN) face aux alertes de surcharge.

la charge devient très lourde et stressante (parole d’un.e ADJAENES)

Cette accumulation de facteurs conduit à un sentiment de « submersion permanente » et d’épuisement professionnel, certain.es agent.es allant jusqu’au burn-out.

Retrouvez le rapport du Sénat de mai 2024 sur les personnels administratifs du ministère de l’Education Nationale.